Rablè International/Louis Aragon/Johnny Hallyday, Brassens et Ferré…



Ripro­po­niamo qui un ser­vi­zio del set­ti­ma­nale fran­cese Nou­vel Obser­va­teur del 16 giu­gno 2012 che ripro­pone estratti di un’intervista a uno dei padri del sur­rea­li­smo fran­cese, rea­liz­zata nel 1963 e pub­bli­cata dalla NRF

 

Dans un numéro de la «NRF» con­sa­cré à la lit­té­ra­ture et à la chan­son, on trouve un tré­sor: un entre­tien iné­dit de 1963 avec Ara­gon sur la chan­son. Extraits–

 

Con­trai­re­ment au père Hugo, qui avait inter­dit aux chan­son­niers de tou­cher à ses poè­mes («Défense de dépo­ser de la musi­que au pied de mes vers»), Ara­gon ado­rait voir les siens mis en musi­que, chan­tés par Bras­sens, Ferré ou Ferrat.

En effet, l’écrivain «por­tait une atten­tion vigi­lante aux aven­tu­res de la voix. Lieu pri­vi­lé­gié de l’ivresse et de l’infini des sen­ti­ments, la musi­que ne pou­vait que ren­con­trer ses vers», écrit Nico­las Mou­ton, admi­ra­teur éperdu de l’auteur du «Pay­san de Paris», qui tra­vaille depuis des années à une thèse sur «les Archi­ves audio­vi­suel­les d’Aragon (1937–1977) — Un opéra sans partition».

Des recher­ches qui lui valent de figu­rer au som­maire du sur­pre­nant et pas­sion­nant numéro que «la Nou­velle Revue fra­nçaise» con­sa­cre aux liens entre lit­té­ra­ture et chan­son». En 1963, Aragon, qui vient de publier «le Fou d’Elsa», accorde à cette occa­sion dix entre­tiens radio­pho­ni­ques (dif­fu­sés entre le 15 novem­bre 1963 et le 24 jan­vier 1964 sur RTF Pro­duc­tions) avec le jour­na­li­ste Fran­cis Cré­mieux. Un rési­stant com­mu­ni­ste que l’écrivain avait ren­con­tré en 1944, qui avait dirigé «le Jour­nal parlé» de 1945 à 1948 avant de deve­nir éditeur de «disques de dic­tion» chez Pathé Marconi.

Replon­geant dans ces archi­ves sono­res pour les besoins de sa thèse, Nico­las Mou­ton tombe un jour sur une perle. «Fouil­ler ces enre­gi­stre­ments con­ser­vés par l’INA nous réserve une mer­veil­leuse sur­prise: une heure et demie de bande magné­ti­que entiè­re­ment iné­dite avec Ara­gon, sur la chan­son. (…) Ici, la lit­té­ra­ture s’écrit par la bande.» Voici donc des extraits de la retran­scrip­tion sans retou­che de cet entretien.

Ber­nard Loupias

Varié­tés. Lit­té­ra­ture et chan­son, NRF, n°601, sous la direc­tion de Sté­phane Aude­guy et Phi­lippe Forest, 
Gal­li­mard, 222 p., 19,50 euros. En librai­rie le 14 juin.

Fran­cis Cré­mieux Nous avons parlé, mon­sieur Ara­gon, ces deux der­niè­res semai­nes, d’un texte de vous, «Il n’y a pas d’amour heu­reux», qui a donné un titre à une chan­son dont la musi­que était je crois de Geor­ges Bras­sens. Et par ce biais je vou­drais qu’abandonnant la cri­ti­que et le com­men­taire poé­ti­que nous abor­dions le pro­blème de la chan­son en cette deu­xième moi­tié du XXe siè­cle. Beau­coup de vos poè­mes ont été — com­ment dire — mis en musi­que et mis en chan­sons. Et je vou­drais savoir ce que vous pen­sez de tout cela. D’abord de la mise en chan­son d’«Il n’y a pas d’amour heu­reux», qui est je crois la pre­mière chan­son de vous qu’on ait chan­tée en public.

Louis Ara­gon Non. On a en réa­lité chanté des chan­sons de moi bien avant. Seu­le­ment, c’est la pre­mière qui a connu la faveur d’un grand public, non pas de mon fait mais du fait du talent et de la per­son­na­lité de Geor­ges Bras­sens. En réa­lité, sur­tout immé­dia­te­ment après la Libé­ra­tion, des poè­mes qui étaient des poè­mes du «Crève-Coeur» ou des «Yeux d’Elsa» ont été mis en musi­que par des musi­ciens d’un autre caractère.

C’est ainsi que Geor­ges Auric, Fran­cis Pou­lenc, Elsa Bar­raine ont fait de nom­breu­ses chan­sons de moi à cette époque, ou plus exac­te­ment ont fait de la musi­que pour mes poè­mes. A eux, il faut join­dre égale­ment Joseph Kosma qui à la fois avait déjà fait, je crois, d’ailleurs avant guerre, une chan­son sur un poème ancien de moi, mais qui a fait une sorte d’oratorio sur le poème…

«La Rose et le Réséda»?

Non. «Bal­lade de celui qui chanta dans les sup­pli­ces». Et il y avait aussi vers cette époque un jeune homme que j’avais connu une ving­taine d’années plus tôt, qui s’appelait alors Maxime Jacob, mais qui, quand il est venu me retrou­ver avec des chan­sons à la Libé­ra­tion, por­tait le costume du béné­dic­tin: il s’appelle main­te­nant Dom Clé­ment. Il avait lui-même fait la pre­mière mise en chan­son de «Il n’y a pas d’amour heu­reux» avant Bras­sens, mais ces cho­ses n’ont pas eu à cette époque le reten­tis­se­ment que les chan­sons ont eu dans les der­niers temps.

A diver­ses chan­sons, sur lesquel­les il y aurait beau­coup d’anecdotes à racon­ter, sont venues ensuite se gref­fer cel­les qui ont donné un carac­tère public aux chan­sons fai­tes d’après moi et qui sont les chan­sons de Léo Ferré. Mais enfin, pour cette pre­mière période, je vous racon­te­rai seu­le­ment une anecdote.

C’est en 1943 que deux de mes poè­mes, qui étaient des poè­mes qui étaient dans «les Yeux d’Elsa», je crois, ont été mis en musi­que par Fran­cis Pou­lenc. J’étais à ce moment-là quel­que part dans la nature sous un nom sup­posé. Mais à Paris était donné à la salle Pleyel un grand con­cert de Pou­lenc, et c’est à ce con­cert que pour la pre­mière fois ont été chan­tées ces deux chan­sons, «Les Ponts-de-Cé» et une autre. Et quand la chan­son «Les Ponts-de-Cé» a été annon­cée avec mon nom, avec quel­que solen­nité par Pou­lenc, la salle Pleyel tout entière s’est levée et a applaudi très bruyam­ment, et les offi­ciers alle­mands qui étaient dans la salle, ne com­pre­nant pas très bien de quoi il s’agissait mais croyant que la poli­tesse l’exigeait, se sont levés et ont aussi applaudi le nom du clan­de­stin que j’étais.

Mais tout cela est anec­do­ti­que. L’homme qui réel­le­ment a donné essor aux chan­sons fai­tes d’après mes poè­mes est Léo Ferré, bien qu’avant lui il y ait eu une chan­son qui a été en réa­lité très popu­laire: cette chan­son ce sont «les Yeux d’Elsa».

«Les Yeux d’Elsa», je n’en con­nais­sais d’ailleurs pas l’auteur, qui n’avait d’abord pas signé sa chan­son, je l’ai enten­due pour la pre­mière fois à la radio, et ce n’est que beau­coup plus tard qu’un jeune homme très timide, qui s’appelle Jean Fer­rat, m’a avoué qu’il était l’auteur de cette chanson.

Léo Ferré, lui, avait pris plus par­ti­cu­liè­re­ment, d’abord dans «le Roman ina­chevé» puis dans mon poème «Elsa», des pas­sa­ges de mes poè­mes et en avait fait des chan­sons. C’est-à-dire qu’il ne les donne géné­ra­le­ment pas in extenso, en prend quel­que chose qui en donne le mou­ve­ment géné­ral, sou­vent il y a fait des modi­fi­ca­tions, c’est-à-dire pla­cer les stro­phes dans un ordre dif­fé­rent, ou même pris un vers du poème pour en faire un refrain, alors que c’est un vers qui n’est dans le poème donné qu’une fois.

Tout ça vous accep­tez, ça ne vous gêne pas?

Non, pour­quoi est-ce que ça me gêne­rait ? (…) Je trouve très natu­rel qu’un homme qui fait des chan­sons, un homme du talent et de la sen­si­bi­lité de Léo Ferré, prenne quel­que chose de moi, j’en suis même abso­lu­ment honoré, et je suis même très inté­ressé à ce qu’il fait, en cou­pant ainsi, en distri­buant les cho­ses: c’est comme s’il pra­ti­quait une cri­ti­que de ma poésie. (…)

Cela m’apprend énor­mé­ment sur mes poè­mes, et bien que je sois abso­lu­ment inno­cent de ces cho­ses, pui­sque Ferré m’a sou­vent demandé si ça ne me gênait pas, mon­tré avec beau­coup de gen­til­lesse ces cho­ses qu’il avait fai­tes avant. Ce n’est pas sur mes con­seils qu’il a coupé ceci ou cela mais de son fait. Eh bien, quand j’ai vu cela, écouté ces chan­sons, cela a eu sur moi une cer­taine influence, et il est cer­tain que dans des poè­mes plus récents de moi peut-être pourrait-on trou­ver une influence en retour de la chan­son telle que Léo Ferré la conçoit.

Vous par­lez de renou­veau de la chan­son fra­nçaise (…). Vous savez, en ce moment (…) on a un peu l’impression que sur le plan de l’auditoire elle est bat­tue en brè­che par ce que vous appel­le­riez peut-être «le rien dire», c’est-à-dire le yéyé. C’est la pre­mière obser­va­tion. La deu­xième: est-ce la chan­son ou est-ce l’utilisation des poè­mes de leurs con­tem­po­rains par des com­po­si­teurs? J’ai plu­tôt l’impression que c’est la poé­sie qui gagne, et que dans chan­son il y a beau­coup de poé­sie, mais que ce sont les poè­tes qui don­nent l’aliment.

Per­son­nel­le­ment, je n’ai pas ce mépris qui s’exprime ici ou là pour les for­mes les plus récen­tes de la chan­son, et par exem­ple, parmi les chan­sons que j’ai entendu chan­ter par Johnny Hal­ly­day, pour en rester sim­ple­ment là, il y en a que je con­si­dère comme de très bon­nes chan­sons. Ce n’est pas parce que l’expression du sen­ti­ment est faite avec quel­ques mots, par des moyens autres, qu’elle perd de l’intensité. Au con­traire. Vou­loir oppo­ser une forme de chan­son à l’autre, tuer une chan­son par l’autre, voilà le mau­vais coup qu’on nous fait. Et je ne m’associerai cer­tai­ne­ment pas à ce déni­gre­ment d’une forme de chan­son qui plaît à la jeu­nesse, ce qui ne me paraît pas mau­vais, et qui plaît aussi comme vous voyez à de vieux bon­shom­mes comme moi.

Ah oui, mais vous savez: plaire à la jeu­nesse… Il s’agit de savoir pen­dant com­bien de temps on va plaire à la jeu­nesse! C’est la mode.

La jeu­nesse, ce n’est pas une que­stion de mode: de toute façon la jeu­nesse est très brève. C’est la con­di­tion humaine que vous met­tez là en cause, ce n’est point la mode. En réa­lité les cho­ses plai­sent un moment puis lais­sent le pas à d’autres. Il s’agit seu­le­ment de savoir, au bout d’un cer­tain nom­bre d’années, ce qui revien­dra. Or, ce qui revien­dra n’est pas tou­jours ce que l’on croit.

Ainsi, quand j’avais 20 ans, un des écri­vains les plus célè­bres était un homme qui n’était d’ailleurs pas du tout un écri­vain négli­gea­ble, il s’appelait Henri de Régnier. Qui aujourd’hui lit Henri de Régnier? Par con­tre, à cette époque, un écri­vain abso­lu­ment décrié s’appelait Cour­te­line; aujourd’hui Cour­te­line se lit. C’est pro­ba­ble­ment la même chose avec les chan­sons. Il n’est pas du tout cer­tain, il n’est pas couru, que les chan­sons qu’on méprise aujourd’hui et qu’on tient pour le fait de la mode ne seront pas cel­les qui auront leur grain d’éternité.

En tout cas qu’il s’agisse du fait que la poé­sie gagne dans tout cela, je pense que oui. C’est tou­jours la poé­sie qui gagne. Mais que la poé­sie gagne avec moi, avec nous — je veux dire les poè­tes qui font métier de poè­tes ou qu’elle gagne avec des incon­nus, avec des mots que l’on con­si­dère comme des for­mes déva­luées de la poé­sie, peu importe : c’est tou­jours la poé­sie qui gagne. Et peut-être que plus tard on con­si­dé­rera Johnny Hal­ly­day comme le roi de Navarre.

Je vous dirais que Johnny Hal­ly­day me sem­ble déjà être con­si­déré par la jeu­nesse comme un homme qui est en train de par­cou­rir une tra­jec­toire impor­tante. Ce n’est pas anec­do­ti­que. Vous avez tout à fait rai­son dans ce que vous dites de lui. Je pense à ce qu’on appelle l’industrie de la chan­son. Est-ce que vous pou­vez ima­gi­ner par exem­ple qu’on pour­rait un jour par­ler de l’industrie de la poé­sie? Or les pro­fes­sion­nels par­lent ouver­te­ment de l’industrie de la chan­son. C’est une indu­strie: il y a un sup­port, il y a des disques, il y a des pas­sa­ges radio.

C’est pour­quoi je crois que quand vous dites que c’est bien que la jeu­nesse aime ça, il y a peut-être une part des cho­ses que vous ne met­tez pas en avant, c’est la façon qu’on a de faire péné­trer arti­fi­ciel­le­ment des chan­sons qui n’en sont pas. Et j’aurais aimé une con­dam­na­tion des chan­sons qui n’en sont pas.

Vous n’obtiendrez pas cette con­dam­na­tion de moi parce que je ne sais pas si des chan­sons qui se chan­tent n’en sont pas. Du moment que quel­que chose se chante, c’est une chan­son. Et par exem­ple il y a des cho­ses qui sont aussi de la poé­sie qui n’en sont pas parce qu’elles sont indu­striel­les aux yeux des autres. Il y avait une époque où sur les murs de Paris, et même en let­tres de feu, on pou­vait lire place de l’Opéra, c’était un slo­gan pour entrer au maga­sin… Excusez-moi de don­ner à la radio fra­nçaise bru­sque­ment la réclame d’un maga­sin exi­stant, mais je n’y peux rien: «Toute femme élégante est cliente du Prin­temps.» Eh bien j’estime que dans ce slo­gan c’était encore la poé­sie qui gagnait. (…)

Alors vous pen­sez au fond qu’il y a une sorte de relais par le disque et par la mise en musi­que des poè­mes, et qu’on assi­ste à une espèce de mul­ti­pli­ca­tion des achats de poè­mes impri­més parce qu’une chan­son a donné envie d’en savoir un peu plus sur l’auteur?

Je ne crois pas qu’on puisse réduire à ces ter­mes com­mer­ciaux le phé­no­mène qui se pro­duit. Il y a influence réci­pro­que. C’est parce que la poé­sie tou­che plus de gens que les musi­ciens met­tent des poè­mes en musi­que, sont appe­lés à le faire; et c’est parce qu’on chante ces chan­sons qu’on se tourne aussi davan­tage vis-à-vis de la poé­sie. La musi­que et la poé­sie gagnent l’une par l’autre et con­join­te­ment. Et à un moment donné, sans doute, l’aide est appor­tée par la musi­que, à un autre elle le sera par la poésie.

©GALLIMARD 2012

=> Ber­nard Lavil­liers dans la «NRF»

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Leggi Louis Ara­gon su wikipedia

 




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     giugno 16, 2012 Pubblicato in Autori, Interviste -       Leggi Tutto
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