Rablè International/Alexandre Gefen/On assiste a un hyper democratisation de la litterature
Riproponiamo qui un’intervista –apparsa sul periodico francese Le magazine litteraire– al critico e docente universitario Alexandre Gefen. L’intervista ruota attorno all’interrogativo: come gli scrittori utilizzano l’web come laboratorio testuale.
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Quelle est la valeur littéraire des réseaux sociaux ?
Il faut d’abord imaginer une certaine déception à la base : l’hypertextualité n’a pas transformé la littérature, mais de nouvelles formes sont arrivées à la place. Ce ne sont pas les grands romans interactifs que l’on avait rêvé au début du web. Car, à vrai dire, ils avaient déjà été réalisés bien avant Internet (avec des expériences comme celles de l’Oulipo, ou de Borges). Le roman hypertextuel a été un échec sans que je ne puisse m’en expliquer la raison. Les choses ne se sont pas développées comme prévu. Le renouveau et l’intérêt est plutôt venu d’un usage détourné d’Internet par les jeunes, ou des moins jeunes comme Régis Jauffret par exemple, mais qui se sont appropriés l’outil. La valeur littéraire des réseaux sociaux n’est pas une « valeur » entendue comme un grand style, mais plutôt une littérature d’échanges et d’interactions. Les réseaux sociaux signent le retour d’une écriture mondaine au sens premier du terme : une écriture d’échanges, qui ouvre des canaux politiques, de communication de l’actualité… Certains auteurs sont, selon moi, bien plus intéressants pour leurs productions en ligne. Claro, par exemple, est meilleur sur Twitter et Facebook que dans ses romans. Il y est éblouissant d’humour, c’est toujours bien pensé, ça use toute la gamme des figures de styles et c’est plein de bons mots. Une des caractéristiques intéressante de cette littérature, c’est qu’elle est toujours illustrée, insérée dans un contexte. D’un autre côté, cette rhétorique de la brièveté est nouvelle et nous éloigne de la tradition. Cela dit, elle n’est pas si éloignée des travaux de Montaigne ou de Fénéon.
Comment faire le tri dans cette production massive ?
On reconnaît des textes de qualité sur les réseaux, de même que l’on reconnaît un roman de qualité sur le papier. La différence, c’est que, s’il y a évidemment des textes de qualité sur Internet, il n’est pas d’institution pour le décréter. On assiste à une hyper-démocratisation de la littérature, entendue selon la définition de Jacques Rancière : une littérature qui appartient à tous et dont chacun peut s’emparer. Sur Internet, il n’y a pas de communication, ou d’éditeurs de renom pour assurer le succès d’un texte ; la réussite se base sur une sorte de vote démocratique et une diffusion virale. Cela ne se substitue pas à la littérature au sens traditionnel, qui s’attache à l’objet, au prix… Ce n’est pas une migration de la littérature sur le net, ni des romans gratuits en ligne. C’est encore autre chose, un espace d’expression qui va compléter le papier sans le remplacer. Il faut sortir de cette ère restreinte et autotélique du papier pour envisager un sens très large de la littérature. C’est un débat qui agite de nombreux auteurs. D’ailleurs, beaucoup mènent une double carrière, l’une virtuelle et l’autre « réelle ». L’avantage des réseaux réside aussi dans sa capacité à resocialiser la littérature tout en la libérant de formes trop restreintes. Quant à la littérature, elle est forte de sa capacité à subvertir les réseaux. Mallarmé jouait avec le détournement des pratiques sociales, c’est la même chose aujourd’hui. Vous savez, la littérature est en elle-même une subversion de l’écriture. Celle-ci n’a pas été inventée pour la littérature, mais pour la comptabilité et la gestion de la vie courante. Mais il est plus intéressant de travailler sur des choses qui n’étaient pas faites pour ça à l’origine. Comme le journal a permis au genre du feuilleton de se développer, Internet conduit la littérature à investir de nouveaux supports.
Que penser de ce culte de soi déjà présent en littérature et exacerbé par les réseaux ?
On retrouve ce même goût de l’autobiographie sur les réseaux, mais l’écriture y est beaucoup plus « médiée » que dans les autofictions et autobiographies traditionnelles. Sur papier, on va avoir tendance à rechercher le brut, la radicalité ; tandis que sur leurs profils Facebook ou Twitter, les écrivains vont préférer un travail sur la quotidienneté. Ce n’est pas pour autant un journal intime car il y a une interaction avec autrui, qui en fait un objet plus complexe et oblige à un travail sur la langue. Comme au théâtre, les réseaux offrent une double, voire une triple énonciation : on parle à la fois à des amis et au monde entier. Tout l’intérêt réside dans le fait que l’on ne sait pas qui est l’autre.
Qui sont ces écrivains de la toile ?
Ce sont nos voisins ou nous-mêmes, au fond tout le monde a toujours été écrivain. Depuis toujours, la littérature est autorisée à quiconque, il n’y a rien de changé de ce côté-là. Les réseaux vont transformer et permettre d’aller au-delà de la littérature traditionnelle. C’est le retour de la littérature en tant que travail de la parole et de la communication. Certains crieront au règne de l’amateurisme, mais ce n’est pas tellement vrai car souvent les plus intéressants sur les réseaux sont les mêmes qui publient sur papier. Et puis, qu’est-ce qu’un écrivain ? Il y a autant d’écrivains qu’il y a d’histoires particulières. Ce sont seulement les institutions traditionnelles qui ont du mal avec ces nouvelles formes.































